• Id : 648
  • Category:POÉSIE
  • Sequence :Rares
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  • Text :

    A l'entrée de la Bibliothèque Nationale à Paris (la seule, la vraie, pas les huit boîtes de cornflakes du quai de la Gare), une jolie liseuse est la promesse des trésors qu'on y peut trouver. Chacun sait qu'en nos temps éclairés un poète inconnu, ou même méconnu, cela n'existe plus. Et le lecteur qui fait son pain quotidien d'Hélinant de Froidmont, de Jacques Pelletier du Mans ou de Louis de Gallot de Chasteuil se trouvera donc ici comme chez lui. Il se demandera peut-être seulement pourquoi aucune anthologie, ou presque, ne fait place à ce Grégoire dont je fais exprès de ne pas citer le nom entier : les raretés ont leur prix, et il m'a fallu tant de temps (et de chance) pour découvrir celle-là. Une piste ? Recommencez du début : une jolie liseuse à la Bibliothèque Nationale de Paris, la vraie...

     

    Hélinant de Froidmont

    Jacques Pelletier du Mans

    Louis de Gallot de Chasteuil

    "Grégoire"

     

     

     

    Hélinant de Froidmont

     

    Mort va vers ceux qui d’amour chantent

    Et qui les apprends si à chanter

    Com font ceux qui par ce t’incarnent

    Qui tout hors du siècle se plantent

    Que ne les puisse supplanter

    Mort tu ne peux ceux enchanter

    Qui le tien chant savent chanter

    Et qui la peur-Dieu en enfantent

    Coeur qui tel fruit peut enfanter

    Au vrai le puis accréanter

    Que le tien jeu ne le supplante

     

    Mort qui saisis les terres franches

    Qui fais ta qeuz des gorges blanches

    A ton rasoir affiler

    Qui la soif à l’avare étanches

    Que le riche n’ait que filer

    Qui te peines de le guiler

    Qui lui êtes au pont les planches

    Dis moi à ceux d’Angiviller

    Que tu fais l’aiguille enfiler

    Dont tu leur veut coudre les manches …

     

     

    JACQUES PELLETIER DU MANS (1517-1582) :

     

    Alors que la merveilleuse aurore

    Le bord de notre ciel colore

    L’alouette, en ce même point,

    De sa gentille voix honore

    La faible lumière du point.

     

    Tant plus ce blanc matin éclaire

    Plus d’elle la voix se fait claire ;

    Et semble bien qu’en s’efforçant,

    D’un bruit vif elle veille plaire

    Au soleil qui se vient haussant.

     

    Elle guindée de zéphire,

    Sublime, en l’air vire et revire

    Et déclique un joli cri

    Qui rit, guérit et tire l’ire

    Des esprits, mieux que je n’écris.

     

    Soit que Junon son air essuie,

    Ou bien qu’el se charge de pluie,

    En haut pourtant elle se tient,

    Et de grignotter ne s’ennuie,

    Fors quand le neigeux hivers vient.

     

    Même n’a point la gorge close

    Pour avoir sa nichée éclose ;

    Et en ses chants si fort se plaît

    Que vous diriea que d’autre chose

    Ses alouetteaux elle ne plaît.

     

    En plein midi, parmi le vide

    Fait défaillir l’oeil qui la guide,

    Puis tantôt comme un peloton,

    Subit en terre se dévide,

    Et pour un temps plus ne l’oit-on

     

     

    LOUIS DE GALLOT DE CHASTEUIL :

     

    Je suis je ne suis plus je changerai mon estre

    cependant je seray sans qu’à jamais je soys

    Ce que je fus icy mais non ce que j’estoys

    semblable ne pouvant dissemblable cognaistre

     

    Passant ! tu peux ma voix à ta voix recognaistre

    Ce que tu es passant ! je fus quelqu’autrefoys

    Ce que tu fus ava,t je ne suis toutefoys

    Ny seray, ni j’ay sceu tel qu’ores avant estre

     

    Les jours comme les eaux s’escoulent et s’en vont

    Sans fin les éléments se deffont et reffont

    Mourir, vivre en ce monde est une mesme chose,

     

    Me veus tu mieux comprendre et remarquer au vray

    Voy le temps tu verras par sa métamorphose

    Quel je suis quel je fus quel encor je seray

     

     

    « GREGOIRE » :

     

    Je meurs de soif auprès de la fontaine

    Je m’ensommeille à la pointe du jour

    Je m’espouvante en paisible séjour

    Et m’esbahis devant cause certaine

     

    Je tiens à coeur parolle toute vaine

    Et laisse courre à funeste discours

    j’appelle à moi qui ne m’est de secours

    Et n’entends point l’amour qui m’est prochaine

     

    j’appelle amour à peine qui me poinct

    J’appelle dol qi ne me touche point

    Le jour m’est nuit L’aride m’est semence

     

    Tant que vivant la mort me deschira

    Mais lors que mort enfin se saisira

    Lors j’entendrais que toute vie commence

     

    Lors que dans l’un l’autre serons

    Unis comme fer dans la plaie

    Soleil d’aube en la mer gelée

    Où s’accolent membres et fronts

     

    Lors qu’Amour nous deschirera

    Lors qu’ensemble par nous sera

    Mesme délivrance criée

     

    Lors revenant de cette mort

    Saurons quelle paix fut priée

    Sur nos âmes et nostre corps

     

    Je meurs de vous qui m’estes toute vie

    Je veux parler votre bouche me fault

    L’estrange peut accorder sa faulx

    Sans pour jamais distraire mon envie

     

    Je veux marcher Si je n’ai votre corps   

    Il n’est de corps qu’en nulle part me porte

    Je veux dormir et n’ay que teste morte

    Si votre coeur auprès du mien ne dort

     

    De notre amour je n’ai qu’ymage creuse

    Son onde fraische a couleur de sang noir

    Si je n’ai plus le bonheur de vous voir

    Ni le malheur de vous savoir heureuse

     

    Bientôt serai devant l’extreme porte

    De ce pays où vais en reculant

    N’ayant en l’oeil que route desja morte

    Et tout aveugle à celle où je suis allant

     

    Dans ce regard comtiens je toute sorte

    Du monde estrange où va Mort assemblant

    Désert sans asme où fut vive cohorte

    Et froide chair où fut amour bruslant

     

    Puis il est vous près de moi cheminante

    Sur mesme route et pour brief moment

    Et tant prochaine et telle dominante

     

    Qu’il n’est horreur ni abandonnement

    Que n’abolit dedans ma main prieuse

    De vostre main l’estoile sommeilleuse

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