• Id : 1819
  • Category:PHOTO
  • Sequence :Depays4
  • Card : DEPAYS4 stack001 + Duplication
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  • Text :

    2 Celle-là, tu l'as nommée la Derelitta. Contrairement à une
    légende tenace, les trains de Tokyo ne sont pas toujours bondés,
    on n'a pas toujours besoin des pousseurs en gants blancs qu'aucun
    film ne nous épargne. On peut passer des journées entières à
    naviguer de train en métro, de souterrain en aérien, sans être
    beaucoup plus bousculé qu'à Paris ou à New York (et plus
    courtoisement en tout cas, même si on ne se fait pas de cadeau
    pour ce qui est d'occuper les places assises), avec de grands
    passages à vide qui permettent de choisir stratégiquement son
    angle ou son vis-à-vis. Commence alors la chasse aux dormeurs.
    Ils te fascinent. Tu prends le train pour les voir, tu oublies tes
    rendez-vous, tu ignores les correspondances pour rester quelques
    minutes de plus devant le court-métrage absolu, le gros plan idéal
    d'un visage de dormeur ou de dormeuse. Leur sommeil libère une
    gamme d'expressions que la tenue sociale et le souci de l'apparence
    refrènent à l'état de veille, et tu peux lire sur ces visages endormis
    toute leur histoire, sourire et crispation, dodelinement et extase.
    Combien de scénarios as-tu inventé ainsi - cette femme par
    exemple, entre Kobé et Osaka, dont pendant une heure tu as
    suivi toutes les saisons, les sautes rapides et confuses comme le
    balaiement d'un tableau d'aéroport où chaque nom de ville se
    brouille dans l'autre. Pendant une heure tu as guetté ses
    métamorphoses avec (presque) autant d'attention exigeante que
    la montée du plaisir sur un visage aimé. Ne cherchez pas, elle n'est
    pas entre ces pages. Il existe une centaine de photos d'elle, mais
    les publier, c'était la trahir.

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