• Id : 1994
  • Category:PHOTO
  • Sequence :Coréennes_Kortrig
  • Card : COREENNES_KORTRIG STACK013 + Duplication
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  • Text :

    Qu'allions-nous chercher aux années cinquante-soixante en Corée, en Chine, plus tard à Cuba ? Avant tout (et on
    l'oublie trop facilement aujourd'hui qu'on mélange allègrement ce qu'on a fourré dans ce concept incertain
    d’"idéologies") une rupture avec le modèle soviétique. Ici la chronologie a son importance. Je n'appartiens pas à la
    génération de ceux qui ont été soulevés par la vague de 1917. C'est une génération tragique qui, portée par un
    espoir démesuré, s'est retrouvée complice de crimes démesurés. Dans le film que je lui ai consacré, Alexandre
    Medvedkine emploie cette image forte "Dans l'histoire de l'humanité, il n'y a pas eu de génération conne la
    nôtre... C'est comme en astronomie, ces 'étoiles noires' qui se réduisent à quelques centimètres carrés et qui
    pèsent plusieurs tonnes. Un tel trou noir pourrait représenter ma vie.
    " Nous qui avions la chance d'être nés de
    l'autre côté du trou noir, nous ne pouvions pas ignorer la profondeur de son échec, et ceux qui disent qu'Ils ne
    savaient pas" sont de sacrés menteurs. Bien avant Soljenitsyne, nous nions lu Victor Serge, Koestler, Souvarine,
    Charles Plisnier (étrangement occulté de nos jours, alors que dès 1936, dans Faux Passeports, il démontait tout le
    mécanisme des procès de Moscou) et on ne nous ferait jamais le coup du paradis des travailleurs. Raison de plus
    pour aller voir comment des peuples jeunes, échappant géographiquement et culturellement aux vieux modèles
    européens, allaient se coltiner le défi d'une nouvelle société à construire. Ces enfants de Confucius, de Lao-Tse, de
    Bolivar ou de Marti n'avaient aucune raison de se plier aux dogmes élaborés par des bureaucrates nés d'une mère
    porteuse léniniste inséminée par Kafka. La réponse est qu'ils l'ont fait.

    Encore ceci : dans l'URSS elle-même, un frémissement se faisait sentir au milieu des années 50, et les Moscovites
    d'aujourd'hui parlent avec une poignante nostalgie de ces années où la vie devenait vivable, où la terreur
    s'éloignait, où rien sûrement n'était gagné mais où on pouvait envisager sans déraison une évolution vers la
    liberté. Bref, la perestroika était imaginable à une époque où ses retombées eussent été infiniment moins
    coûteuses. Les portes de l'avenir s'entr'ouvraient, lentement, en grinçant, mais elles bougeaient. Il aurait fallu
    beaucoup de pessimisme historique pour prévoir Brejnev et ce temps qu'on appelle là-bas celui de la stagnation,
    plus criminel encore que celui de Staline du point de vue de l'histoire, parce que personne n'était en mesure
    de changer Staline, alors qu'il aurait été possible de changer Brejnev. Et encore une fois, c'est le pessimiste qui aurait
    eu raison.

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